( Textes extraits de "LES CHEMINS DE SAINT-JACQUES DANS LE GERS"

de Gilbert LOUBES, Collection " Gascogne Insolite")

Compostelle ou Saint-Jacques de Compostelle est cette ville de Galice, au nord-ouest de l'Espagne, qui attire depuis mille ans, et aujourd'hui plus que jamais des milliers de pèlerins.

Compostelle ainsi que Rome et Jérusalem furent de loin les plus grands centres de pèlerinages médiévaux ; alors que d'autres, moins prestigieux, attiraient aussi des foules nombreuses. Citons, par exemple, uniquement pour notre pays, les sanctuaires du Mont-Saint-Michel, Rocamadour, Notre-Dame du Puy, la Madeleine de  Vézelay, le tombeau de Saint-Martin de Tours et, plus près de nous, le tombeau de Saint-Sernin de Toulouse.

Eglise de Rouillac, commune de Gimbrède, peinture sur un pilier. Photo : CL.Macarez

LES CHEMINS DE SAINT-JACQUES 

La grande idée politique de Reconquête exigeait non seulement une mobilisation des esprits, au plan européen, mais aussi une organisation.Celle en particulier d'un réseau de chemins équipés, innervant tout l'Occident européen.

Il semble que cette œuvre d'organisation fut la grande idée de l'ordre de Cluny dès sa fondation (910). Tantôt la route appelant l'établissement clunisien, tantôt l'abbaye déviant la route, l'organisation fut telle que le Guide du Pèlerin du début du XIIe siècle décrivait avec précision quatre grandes voies parcourant la France. Elles convergeaient toutes dans les Pyrénées occidentales et de là, ne formant plus qu'un chemin unique, le "camino francés", aboutissaient à Compostelle.

Très vite, devant l'ampleur du pèlerinage, la tâche de Cluny s'avéra insuffisante et de nombreux ordres religieux, essentiellement hospitaliers, prirent le relais. Notre département du Gers, nous le verrons, a connu une forte concentration clunisienne et hospitalière.

Chacune de ces institutions développa un nombre considérable de structures d'accueil pour pèlerins, (et autres passants) et en particulier des hôpitaux, maisons où l'on pratiquait l'hospitalité. Certaines de nos petites villes gasconnes en comptent plusieurs.

LES QUATRE VOIES

Quatre voies conduisent à Saint-Jacques", ainsi s'exprime, dès 1130 environ, le "Guide du Pèlerin" d'Aimery Picaud. 

Ces quatre voies prennent naissance à Tours, à Vézelay, au Puy d'Auvergne, à Saint-Gilles en Provence. La description qui en est faite est rapide et signale seulement les sanctuaires les plus marquants sur le parcours. 
Les trois voies occidentales aboutissaient d'abord à Ostabat, en Pays Basque français. Désormais unique, le chemin traversait les Pyrénées à Roncevaux, descendait à Pampelune et rejoignait à Puente-la-Reina la quatrième voie, celle venue de Provence, passant par Toulouse et Sainte-Christine au col du Somport.

Au début du pélerinage, les pélerins empruntaient les voies existantes, c'est à dire les voies romaines .

Bien entendu, les pèlerins empruntaient aussi d'autres chemins. Mais il se trouve que le patient travail des érudits, en Gascogne et dans le Gers en particulier, confirme la très nette prééminence des routes du "Guide du Pèlerin " du XIIe siècle.

La Gascogne, on le voit, fut le lieu de passage privilégié et de convergence des quatre chemins. Les deux plus occidentaux zébrant la Lande du nord au sud ; les deux plus orientaux, celui venant du Puy, et celui de Provence, traversant les pays gersois 

 

Ce sont ces deux derniers que nous présenterons ici, uniquement dans leur partie gersoise.


d'après le Guide du XIIe siècle

LA VOIE DE PROVENCE 

Venant d'Arles et de Saint-Gilles, elle progresse vers l'ouest par Saint-Guilhem-le-Désert, Castres et atteint Toulouse. Aussi les textes anciens l'appellent-ils tantôt via arelatensis, tantôt via tolosana, voie d'Arles ou de Toulouse. Dans la capitale du Languedoc, la piété du "roumieu" ou pèlerin de Saint-Jacques était sollicitée par de multiples reliques et "Corps Saints", en particulier celui de saint Sernin ou Saturnin, l'apôtre de Toulouse, dans la basilique qui lui était consacrée. Saint-Sernin possède encore aujourd'hui 175 reliques réparties en 24 chasses et 95 bustes ou reliquaires ; mais au Moyen Age leur nombre était beaucoup plus élevé.

Tout au long des étapes conduisant à Compostelle, la vénération des reliques était en effet une pratique rituelle, jusqu'à l'accomplissement final, à Compostelle. A une échelle moindre, nous vérifierons plusieurs fois cette concentration de reliques sur nos itinéraires gersois.

LA VOIE DU PUY 

Partie du Puy en Auvergne, où se rassemblaient les pèlerins autour du célèbre sanctuaire de la Vierge, la via podiensis des textes anciens progressait par Conques, Cahors et Moissac pour rentrer dans le Gers à Saint-Antoine, actuellement canton de Miradoux.

* ( Textes extraits de "LES CHEMINS DE SAINT-JACQUES DANS LE GERS" de Gilbert LOUBES, Collection " Gascogne Insolite")